Jour de deuil

Publié le par Laurence Tissot

Hier, jour de congés. Qui s’annonçait prometteur, puisque j’étais censée pouvoir dormir, et retrouver des amis toute la journée. 
Hier a été un jour très difficile. Un jour de deuil. Le mari de Gigi, notre ancienne femme de ménage, avec qui je m’entendais très bien, est décédé, écrasé par une voiture. Aux philippines. Laissant leurs deux petites filles orphelines de père. Valérie m’a donc demandé de trouver un vol retour pour Gigi. Cet acte de générosité reflète sa bonté sans limites. J’ai trouvé un vol pour aujourd’hui, elle arrivera demain aux Philippines. Je lui ai porté le billet dans la maison de sa belle-sœur, choc émotionnel, culturel, tout. Tous les frères et sœurs étaient là, douze personnes au total, dans une chambre de 20 mètres carrés où ils dorment tous ensemble, à même le sol, pleurant la mort de leur frère, mari, ami, âgé de 31 ans. Effusion de larmes, je fonds. 
Je fonds de colère, d’impuissance, d’injustice, de compassion, de révolte. De révolte contre la vie (l’homme qui a écrasé son mari, âgé de 65 ans, ne s’en est même pas rendu compte, et il a continué à rouler sur lui jusqu’à lui écraser définitivement la cage thoracique), contre la mort, contre la solitude de ces pauvres gens, leur désarroi, leur pauvreté qui va les empêcher d’aller assister aux funérailles de leur frère, la pauvreté et l’humilité que j’ai lu dans leurs yeux hier. Dubai est le lieu du servilisme, le lieu où chacun connaît sa place dans l’échelle sociale, les regards qui se baissent face à la femme blanche et sophistiquée que je dois leur apparaître. Ma révolte est profonde, je voudrais lancer des fleuves contre ces barrières, contre cet héritage ethnique qui me bouleverse à chaque fois. 
Gigi monte dans l’avion à l’heure où j’écris ces lignes, pour retrouver un mari qui avait pris son vélo afin de faire tamponner son passeport pour venir la voir avec leur petite fille de 4 ans qui voulait voir sa maman. Je pense à elles, je pense à leur douleur, et j’écris ces lignes pour garder espoir, pour garder amour, pour garder foi. Gigi, mes pensées t’accompagnent.

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jimmy 25/01/2008 16:18

ton chagrin me peine aussi. Sans connaitre cette femme, je l'appréciais par tes mots. On dirai que la nature s'acharne toujours sur les mêmes. C'est une chose que les nantis ne peuvent pas comprendre. Certains compatissent, merci Valérie pour le billet d'avion. Mes pensées t'accompagne.

un ami.. 25/01/2008 01:57

je voulais te dire quelque chose de particulier, je voulais t'apporter quelque chose, egoistement, te reconforter, mais rien ne vient... tu es si loin et deja tellement emporté par cette vie, loin... je suis triste pour Gigi sans la connaitre.. a bientot j'espere..

Papounet 24/01/2008 18:05

Ô ma Zouz, en ces heures lourdes à vivre,
mes pensées t'accompagnent.