Les choses qui fâchent

Publié le par Laurence Tissot

            Parlons un peu de sujets qui fâchent. J’en prendrai deux (presque) au hasard, que je déclare liés par les liens récents et sacrés de l’actualité : la politique et l’éducation.

             Réflexions nées de mon dernier trajet en avion. Transitant sur plusieurs continents, j’observe, insatiable, toujours intéressée, souvent irritée, les comportements de mes compagnons de passage.

 

            Attaquons par l’anecdotique : en transit via Doha (royaume du Qatar), je décide dans l’attente de mon prochain vol de me rendre aux « quiet rooms », des salles de repos plongées dans une semi-obscurité et équipées de sièges relativement confortables où le voyageur est invité à se reposer en attendant sa correspondance. Initiative salutaire et saluable. Ou du moins, qui l’est en théorie. C’est sans compter sans le comportement des gens. Je repère des anomalies qui m’interpellent : une mère musulmane, seule avec ses trois enfants en bas âge. En toute logique, je parie à 1000 contre 1 que ça va faire du bruit, et m’interroge, en anglais dans le texte what’s the hell is she doing in a QUIET room ? (Mais que fout-elle dans une salle de silence ?) Qu’est-ce qui a pu lui échapper à ce point, ou m’échapper à ce point, pour qu’elle se foute complètement du bruit que font ses marmots ? (dans ma thérapie pour la sauvegarde des enfants, je devrais m’interdire d’employer ces mots pour parler des morveux… Oups, I did it again !) Rebelotte dix minutes plus tard avec un groupe d’Indiens qui se réveillent à l’unisson, et qui se mettent à disserter à voix haute (même pas murmurée), sans respect ni considération pour les vingt autres dormeurs (dont ils faisaient partie dix minutes auparavant). Alors je demande : c’est moi, ou il y a un problème ? Je vous l’accorde, ce n’est pas la fin du monde, des incivilités de ce genre, c’est tout le temps, et en pire. C’est dans cette salle et partout ailleurs. Le règne du moi d’abord, les autres, on s’en fout. Moi, sans la moindre considération basique, primaire, nécessaire, primordiale pour autrui.


    Les mauvaises langues me rétorqueront que nul besoin de mentionner, de préciser leur nationalité. Qu’en écrivant ainsi, je tombe justement dans l’écueil que j’essaie de combattre : stigmatiser et faire un amalgame malheureux d’une religion, d’une identité nationale. Mais c’est là que l’anecdotique rejoint le politique. Je veux en venir quelque part, vous pensez bien.

 

     Juste avant de venir me reposer dans cette pièce, je lisais dans le journal un article sur la polémique déclenchée en Suisse concernant le refus de la construction de nouveaux minarets. Article rédigé par un journaliste musulman et publié dans un pays musulman.

 

         La théorie de cet intellectuel est légitime, bien que discutable : le vote suisse est la conséquence de l’anti-islamisme croissant et de la peur occidentale régnante à l’égard des musulmans, accrue par les politiques alarmistes de nos gouvernements dits occidentaux. L’article sous-titre : « Les Suisses n’ont pas voté contre les tours elles-mêmes, mais contre les Musulmans ». Ah bon. Eh bien moi, je dis qu’on est très mal. Si je résume, nous autres (je nous différencie volontairement, pour reprendre la dichotomie de bon ton de l’article en question) rejetons les musulmans en masse par peur, impossibilité de les assimiler à notre univers culturel et traditionnel, mais aussi par manque de compréhension et de tolérance. Ces derniers, se sentant légitiment rejetés, renchérissent et nous dénoncent à leur tour. Le fossé est creusé. Dynamité, piégé.

Tant que les uns seront convaincus que les autres ne cherchent pas à comprendre et que les autres le leur reprochent à leur tour en se sentant menacés dans leur identité (qui sont les uns, qui sont les autres ???), nous continuerons inexorablement à glisser dans des directions inverses. Sans ticket retour.

 

Mais reprenons notre sujet : les minarets. J’aimerais questionner deux éléments : initialement, le débat portait autour de la question de la légitimité de pratiquer en territoire suisse les sacrifices traditionnels d’animaux. Mais l’UDC a eu peur (on les comprend) d’heurter la sensibilité de la communauté juive de Suisse, et ont donc décidé de reporter le vote sur un autre symbole fort de l’islamisme : les mosquées. Alors là, je me marre. Bah oui, parce que depuis la deuxième guerre mondiale et la tragique Shoah, les Juifs, faut plus y toucher. Politiquement incorrect. Je prends le risque de me faire traîner sur la place publique et cracher dessus pour écrire cela, mais telle est pourtant la vérité : notre génération porte dans sa mémoire inconsciente collective la culpabilité du génocide juif, et passe ainsi son temps, avec l’aide des principaux concernés, à essayer de s’en racheter.

 

A titre de comparaison, le peuple cambodgien est en train de juger les responsables du plus grand génocide jamais commis envers une population : sous le régime de Pol Pot et des Khmers Rouges, un quart de la population totale a été exterminé. Le peuple se relève aujourd’hui doucement, mais fièrement, juge ses criminels, et prend en main sa propre reconstruction, sans demander de comptes à quiconque qu’à eux-mêmes et à leurs responsables d’alors.

 

Alors, qu’on se calme : je ne suis pas du tout antisémite, pas plus qu’anti musulmans, catholiques, protestants, blondes, noirs, jaunes, communistes, capitalistes. Je suis contre la bêtise humaine, l’intolérance, la stigmatisation. Je voyage en ce sens et essaie de comprendre. Parfois au prix de beaucoup de renoncements, souvent sans succès, avec mes propres préjudices qu’il me faut abattre un à un, mais toujours en conservant un esprit critique.

 

Deuxième question ; qu »on me corrige si des éléments-clé me manquent. Il s’agissait, au pays de la neutralité historique, de répondre à un référendum. Je n’ai malheureusement pas de dictionnaire sous les yeux, mais il me semble qu’un référendum est une question posée à l’ensemble d’une population en droit de voter, et à laquelle le peuple répond par OUI ou NON pour adopter ou rjeter la proposition soumise. C’est un processus démocratique, légal et en cela de positif qu’il reflète l’opinion publique sans intermédiaire. Alors pourquoi, sous prétexte que la réponse n’est pas celle attendue (attendue au nom de quoi ? pour satisfaire qui ?), politiquement correcte, ou nationalement admissible, le résultat est-il contesté ? Il me semble que le peuple s’est ainsi exprimé, et j’insiste, de manière démocratique. Résultat : 57% contre la construction de nouveaux minarets. Ca fait donc (parce que j’ai pris option maths au bac, merci maman ) : 43% qui n’ont rien contre. Pas de quoi jeter aux ordures, humilier et lapider nos voisins, ce me semble.

Je pose le problème en d’autres termes : Si l’on effectue un référendum où seule la réponse A est acceptable, où est le principe d’expression démocratique ?

 

Même chose avec les élections présidentielles en France en 2001 : Le Pen au deuxième tour. La France dans la rue hurlant et imposant l’annulation du vote. Sous quel prétexte ? Il n’a pas passé le premier tout illégalement, que je sache. Oh, qu’on se rassure, j’étais parmi la foule. Mais que l’on sache pourquoi l’on défile : hors de question de légitimer l’annulation (toutes proportions gardées) d’un processus démocratique avec pour seule raison que le résultat n’est pas ce qu’il aurait dû être et qu’il ne nous plaît pas (dû être au regard de quoi ? De mes valeurs que je crois êtres les bonnes ?) Je garde, m’autorise et me réjouis d’avoir le droit de manifester, de montrer mon désaccord et mon envie d’un monde meilleur. Mais un vote est un vote, et à moins qu’on se trouve en Afghanistan, Iran ou tous les pays corrompus jusqu’à la moelle, eh bien, tout force à croire que les votes sont réglos. Mon droit d’expression et de contestation s’arrête là où commence celui de l’autre. Je sais : Hitler aussi était arrivé légalement au pouvoir. Le problème est donc à situer en amont. Question complexe, qu’il ne m’intéresse pas de détailler ici.

 

Qu’on ne se méprenne pas, j’insiste. Je ne défends pas ses idées ni adhère à l’homme qu’il est, je défends simplement son droit à lui, comme aux Suisses, pour en revenir à nos yogourts, de faire partie légalement de l’échiquier démocratique et de s’exprimer dans les systèmes démocratiques qui sont les nôtres. Que leur volonté soit manipulée originellement par des discours sécuritaires et propagandistes visant à créer la peur du Musulman, c’est un autre débat. Qui relève de la conscience de chacun, et là-dessus, pas grand-chose à faire, sinon EDUQUER intelligemment.

 

Et j’en viens à mon deuxième point. Qui selon moi est le fondement de tout. L’éducation. Je ne parle même pas de l’instruction, qui est une toute autre histoire. Je parle d’éducation, au sens d’accoucher nos enfants dans ce monde. Leur esprit. Leur intelligence émotionnelle, leur tolérance, leur ouverture, leur faculté de s’intéresser, de critiquer, et de faire leurs choix dans la justesse et l’envie d’un monde meilleur. Et c’est là que le bas blesse.

Discours d’une vieille grand-mère passéiste, vivant dans la nostalgie du « c’était drôlement mieux avant », me direz-vous. Absolument. Je regarde autour et j’ai peur pour l’avenir. Les jeunes, de 2 à 99 ans sont en dérive. Ca commence très tôt. Le manque des respect, déjà. Eh oui, ma pauv’ dame, que voulez-vous, y’a plus de respect. Un constat que je fais chaque jour, comme sûrement beaucoup d’entre vous (je pense à ceux qui prennent le métro pour aller bosser, à mes amis professeurs de écoles, collèges, lycées, et les autres). Les parents s’en foutent. Tout le monde s’en fout. On les laisse faire, et tout cela est devenu d’une banalité inquiétante.

Cette reflexion m’est apparue toute évidente dans l’avion, alors que je regardais un film français dont j’avais vu la promotion par Sophie Marceau : LOL. Un film sur la jeunesse française, le lycée, l’adolescence, les parents typiques, divorcés, et la jeune en crise mais qui aime quand même sa môman. Bon. J’avais essayé de le voir à l’aller, mais l’effronterie de la gamine m’avait mis les nerfs à vif… Et en effet ! J’étais choquée de voir comment elle parlait à sa mère… Mais visiblement, c’est ainsi maintenant. C’est la génération MSN, coup de gueule, va-te-faire-foutre, j’ai des mauvaises notes mais c’est pas grave, je t’emmerde, je crie, je veux, je décide, et si ça te plait pas, je vais chez l’autre parent. Bref, j’aurais beaucoup à en dire, mais je vais vraiment passer pour une réac.

 

Allez, qu’on se défoule contre moi !

 

PS : pendant que je rédigeais cet article, un européen a jugé parfaitement normal de décrocher son téléphone dans la salle de repos, et de poursuivre sa conversation jusqu’au bout… Un point partout, la balle au centre.

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Antonio 22/01/2010 23:42


Encore une fois, tu m'épates. Je tiens à te exprimer mon total accord concernant le referendum en Suisse, l'effet Le Pen en 2001 (je me souviens encore de dire précisement le meme que tu ecris ici
à un groupe d'élèves qui voulait me convaincre que moi je devais aller manifester contre sa présence au 2ème tour... Mais la democratie elle existe seulement quand elle vous convient????) et par
rapport aussi à la jeunesse de'aujourd'hui.
Je suis un petit, petit peu plus vieux que toi mais parfois je reste choqué et je me trouve déjà dépassé dans ma facon de voir le monde, les gens et l'éducation. Pire que tout, il y a des experts
educationels qui soutiennent cette mentalité pourrie et egocentrique d'aujourd'hui.

Bref... j'ai adoré tes nouvelles photos sur facebook... La petite fille est devenue une femme de rêve. Et penser que toi et moi on a eu envie et pas le courage de... :)

Je t'embrasse très fort et bien tendrement


Papounet 05/01/2010 23:57


L'analyse politique revient toujours à l'analyse sociale. La politique étant la gestion des hommes en tant que groupe.
Le problème, c'est que les groupes sont fait d'unités, qui ont des intérêts divergents. On ne peut donc arriver à un état de fonctionnement consensuel que si chacun abandonne une partie de ses
intérêts et qu'il reçoit en contrepartie une part de l'intérêt commun au groupe. La solidarité fait partie de cet intérêt commun.
En conclusion, ON n'arrive à avancer QUE SI tout le monde avance simultanément.
Si beaucoup sont laissés sur la route, abandonnés, et si d'autres ne veulent pas avancer, voire veulent reculer, ON ne progresse pas. Il (ON) est obligé de s'adapter, se transformer. Mais il ne
progresse pas.
Et vu la tournure que prend le monde, ça sent bon le cul-de-sac au bout.

C'est pour ça que Tog est parti. Mais c'est une autre histoire...

Bisous
Your Pap


momob21 07/12/2009 19:25


whaouuuu !!!! j'ai eu du mal a te suivre, voir sauter des chapitres loool . bref je comprends parfaitement tes opinions et tes inquiétudes sur le monde actuel déjà pour les minarets j'écoutais rmc
et un auditeur a préciser que les minarets n'était qu'une partie architecturale donc pourquoi autoriser des mosquées mais pas leur minarets ??? 'sacrées suisses' mais faut les comprendre la
manipulation a jouer un tres grand role chose qu'on constate en france et qui me fait peur tu soulever la question de la generation msn ben je trouve que la generation des années 50/60 en parlant
des adultes n'a pas recu une bonne education il vote sur des questions qui incite au racisme alors que si il faisait preuve d' une infime intelligence il s'apercevrait que ca ne leur apporterait
rien de plus foutre les etrangers dehors ne leur donnera pas du travail et ne baissera pas leur impots souvent les arabes sont associer aux vol, violences,profitant du systeme au dépend des bon
citoyens jsuis obliger d'avouer qu il y a du vrai car jle vois parfois mettant ainsi a l'abri des politiciens, industriels, etc qui detournent au profit des citoyens des milliards mais a eux on
leur dit rien au contraire on vote pour qu'il soit deputé, ministre, juste parcqu'il sourit en cosatrd cravatte alors moi ca me fout la haine et j ai la rage de voir des débats sur la religion
musulmane et toi qui parlais de democratie en suisse honnêtement un référendum sur la construction de minarets je parle en mon nom seulement c'est anticonstitutionnelle c'est une facon de dire etes
vous pour les musulmans ou non ??? ( jparle pas seulement de ton sujet laurence mais de cqu'on voit dans les journaux et medias ) quand les gens comprendront un jour qu'il faut comprendre qui lance
la polemique, pourquoi, et dans quel but la je pense qu'on aura moins de fachos !!! petite anecdote raconter par mon prof d'éco a l'université : un DRH recoit 2 postulants un africain et un
europeen il elur pose la question suivante "vous devez acheter une baguette la boulangerie est fermé que faite vous ? l'africain repond " ben je fais demi-tour pour rentrer chez moi", l'europeen
repond avec agilité et assurance " je cherche une boulangerie plus loin quitte a parcourrir tout la ville" le DRH a recruté l'europeen mais pkoi n'as t il pas recruter l'africain car il n'a pas
utiliser le facteur culturel car l'africain quand il rentre chez lui il frappe chez la voisine et lui demande si elle na pas un bout de pain a lui dépanner c'est avec joie qu'elle le lui fournit,
conclusion il faut parfois savoir distinguer le faux du vrai. bon sinon le message que j aimerais faire passer c'est faisons la paix et ne nous laissons pas envahir par la haine (c'est de la colére
que j ai eu pas d amalgame lool) .


Claire 06/12/2009 17:07


J'adore, j'adhère, j'en redemande...
bisous


jimmy 04/12/2009 16:29


Eh ben! Alors moi qui suis en suisse, et j'y etais deja quand ils ont votes.Il me semble que c'est 59% de non. L'explication donne par les suisses diverge en fonction de leur age. Les plus anciens,
je dirai les plus de 50 ans sont pour le non pour les raisons que tu expliques dans ton article.A la difference, c'est qu'il ne veulent pas "d'arabe", musulman ou pas. Alors des minarets
supplementaire, mon dieu! Surtout que les cathos, eux, sont respectueux envers toutes les religions. Mais oui m'dame,pas d'obligation a pratiquer leur culte, pas de massacre pour s'enrichire, les
cathos eux sont clean! J'en viens a la deuxieme partie des votes, les 41% restant, sont les votes des plus jeunes, qui eux se foutent de tout.
S'il y a d'autres commentaire je suis preneur.
Bises