Belong or not belong, that is the question...

Publié le par Laurence Tissot

Etre expatrié comporte son lot d'interrogations, de remise en questions, de redéfinition individuelle et collective.

 

 L'individu, dans l'affirmation de son existence, de son identité, observe certains rituels (anniversaires, noel ou bar mitzva), et relève d'une appartenance à un groupe, une communauté, qu'elle soit religieuse, ethnique, associative, générationnelle, etc.

(On relira Totem et tabou à ce sujet...)

 

Etre, c'est se reconnaître. Intuitivement, l'individu se définit par ses actes, mais aussi par sa manière de se lier, de se relier, à un réseau, à certaines personnes plus qu'à d'autres.

Professionnellement, personnellement, dans le cadre de nos habitudes, de nos hobbies, de nos relations, nous appartenons à un des groupes temporaires qui constituent nos traits de carctère.

 

Et s'expatrier, notamment dans un pays où la culture Et la religion ET les valeurs sont toutes autres, relève d'un nouveau processus d'identification, lié à un processus tout aussi incontournable, et non moins essentiel, d'adaptation. En d'autres termes, l'art de s'adapter et de se fondre dans le paysage, sans perdre de vue son identité constitutive. Beau challenge, qu'il faut savoir accepter dès le départ.

 

La particularité de Dubai, ce qui fait sa richesse, je crois, c'est le multiculturalisme: ici, pas de nationalité dominante, mais un melting-pot plus ou moins stratifié de nationalités aussi diverses qu'antagonistes. Musulmans, Chrétiens, Hindous, et dans une moindre mesure, bouddhiste et Juifs. Mais aussi Occidentaux, Orientaux, Asiatiques. Riches, pauvres, aisés, démunis. Pour ne citer que quelques éléments définitionnels.

 

Le mélange fonctionne, plus ou moins. Il fonctionne car chacun est attendu de rester à sa place. Les Blancs occupent les postes à repsonsabilité, sont payés 4 à 10 fois plus cher que les Asiatiques. Les locaux occupent les postes de la fonction publique, sont payés 2 à 4 fois plus cher que les Blancs. C'est ainsi.  

 

Là où cela se complique, c'est quand on décolle de la surface. Et j'en paie aujourd"hui les frais.

Pour passer le plus clair de mon temps libre avec des Philippins, je comprends peu à peu les règles du jeu: quelle que soit notre capacité d'adaptation, notre degré d'ouverture d'esprit, notre faculté à entendre et recevoir l'autre, nosu restons foncièrement différents. Même pas besoin d'aller jusqu'à l'Asie: je note chaque jour au quotidien un fossé entre une éducation américaine et française. Rien d'insurmontable, bien sûr, rien que la communication, la tolérance et l'envie de partage ne sauraient vaincre. Mais tout de même. On nait et grandit dans un environnement qui détermine notre vision du monde, de l'amour, de l'homme. Notre manière de rêver, de penser, de voir, de juger, de ne pas juger. Qui détermine nos attentes, nos réactions, nos envies, nos sensibilités.

 

Mais revenons-en aux faits: dernièrement, je fais les frais de ma tentative d'adaptabilité. J'ai dernièrement été taxée d'"amie des pauvres", pour avoir passé une soirée en compagnie des Philippins. ca me va, comme insulte. Mais tout de même: cela prouve qu'on ne francit pas certaines barrières. Jouer avec eux au badminton passe encore, mais passer volontairement du temps avec eux, adapter leurs codes ou rites (pour faire référence à Freud), manger leur nourriture, etc. relève du sacrilège.

 

Cela pourrait s'arrêter là. Sauf que l'arrogance dont les personnes blanches font preuve à mon égard pour mon péché de compagnie asiatique, a son pendant du côté des Philippins eux-mêmes! Tour à tour, j'essuie quelques revers. On refuse de monter dans ma voiture parce que je suis blanche, et que ça ne se fait pas. On me guette, pour épier le moindre de mes dérapages. Et enfin, parce que j'ai repoussé les avances d'un Philippin qui avait osé exprimer ses sentiments à mon égard, je me fais traiter de raciste. En des termes pas très glorieux: "Fais ce que tu veux, mais ne prétends pas être notre amie. Oh pardon, votre majesté, suis-je trop méchant? Vous autres, blancs, vous attendez toujours à être traités comme rois et reines. Nous autres, Asiatiques et le reste du monde, sommes vos jouets et vos esclaves". Et me voilà presque bannie du "groupe", sans autre forme de procès.

 

Au final, à vouloir faire fi de toutes les différences, à vouloir passer outre les cases dans lesquelles chacun est attendu de rester, à vouloir traiter et essayer de comprendre chacun avec les mêmes chances, j'ai créé moi-même une situation d'exclusion. Je ne suis ni blanche (ni riche), ni asiatique (ni suffisamment pauvre).

 Voilà l'une des facettes de l'expatriation, dont il est difficile de parler.  D'où mon titre...

La question reste entière et cruciale.

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jimmy 25/10/2010 08:54


Pensais tu que cela soit différent dans certaines parties du monde? Que dans certains endroits il pouvait en être autrement? Dans un pays ou, la description que tu en fait, pouvait laisser supposer
que justement là bas ca serai différent?
Lorsque nous survolons tout ca, on se dit, comme tu l'as fait, que c'est comme ca et ainsi va la vie. Mais il suffit de rentrer dans les détails qui font la vie de tous les jours pour s'apercevoir,
comprendre qu'il en est tout autre.
Pas facile tout ca. Alors on compose, on accepte ou refuse, on construit, on sourie et on pleur.
C'est la vie.
Bisous.


Papounet 21/10/2010 22:22


RECONNAISSANCE DE L'IRIS

Ma Zouz,

je viens de voir un sujet TV sur le contrôle d'arrivée dans des aéroports des Emirats (dont l'aéroport international de Dubaï - basé sur la reconnaissance de l'iris. L'appareil est portable, genre
lunette d'astronomie, et le policier n'a besoin que de quelques secondes. SL'oeil est analyse, sa cartographie est comparée à un super-fichier sur ordinateur, et ils savent tout sur toi et ta
situation.
T'es-tu fait ainsi enregistrée ?

Bises sur tes beaux zyeux.
Your Pap


Pap 20/10/2010 22:18


Ma Zouz

tu n'as pas "créé toi-même une situation d'exclusion". Tu as seulement mis en évidence un des fondamentaux humains : la connerie profonde, intrinsèque, qu'il a héritée de son groupe, s'il ne la
possédait déjà personnellement.
D'une façon qui t'a surprise (et choquée) car, avec la naïveté aimable (on dit généralement "idéalisme") - donc avec le comportement idoine - de ceux qui ne comprennent pas pourquoi les hommes se
font la gueule au lieu de se tendre la main, tu ne n'attendais pas à être victime d'un ostracisme aussi primaire. L'ostracisme est une religion que tu ne pratiques pas. D'où ta déception.

Tu as expliqué dans ces paragraphes tout ce qui constitue cette situation. Chaque mot vaut son pesant de cacahètes.
==> L'homme, et sa façon d'être, imbriqué dans les autres:
>. Continuons: "Groupe, communauté, qui le marquent comportementalement avec leurs valeurs et leurs références".

==> La façon dont il fonctionne, individuellement et collectivement:
>

Tout est dit.
Si un homme n'est pas capable de se détacher de son groupe pour se construire par lui-même, il n'en est plus qu'un élément, et n'a à ce titre aucun pilotage personnel. Quand le groupe est
intelligent, ouvert, évolué, l'homme, pour continuer à lui appartenir, se doit de développer ces qualités. Dans le cas contraire, il s'en trouve exclus. Quand le groupe stagne sur son tas
d'immondices, l'homme reste à croupir avec les autres.
Et s'il s'en détache, encore faut-il qu'il ait - au-delà de l'envie - des aptitudes pour prendre du recul par rapport aux fondamentaux de ce groupe - ici l'espèce humaine toute entière -,
fondamentaux dont le premier est une incommensurable connerie, que même le dernier des animaux le plus primaire, le plus borné, le plus agressif, ne sera jamais aussi sinistrement navrant.

Pourtant, tu aurais dû t'attendre à un truc comme ça, depuis le coup de la prière avant de jouer. Ça puait le nez dans le mur, au bout. Pour les raisons évoquées plus haut, il n'y a aucune raison
pour qu'un relationnel social débouche sur un relationnel individuel.
Tu redeviens l'Etrangère.


Papounet 19/10/2010 01:10


"Deux choses sont infinies..."
Tu viens de vérifier expérimentalement. T'as pas perdu ta journée...

Grmpf !
YourPap


M1 18/10/2010 20:13


Chronique d'un racisme ordinaire devenu règle sociale dans les monarchies féodales ...