Avant de partir (ou juste apres...)

Publié le par Laurence Tissot

Mes excuses avant tout, pour le manque d'accents dans cet article (clavier thailandais).

 

J'ai voulu ecrire maintes fois avant de partir, mais toujours, j'ai ete prise dans le tourbillon de la vie, a jongler entre mes mille activites, et sans vraiment arreter de travailler sinon quelques heures avant mon depart... La fin de l'annee scolaire est arrivee avec mon premier lot d'etudiants emus, larmes aux yeux, et en meme temps, paradoxalement, un investissement aupres de nouveaux etudiants en cours particuliers, tout cela dans une agitation constante, aussi eprouvante qu'excitante, avec deux demenagements (j'ai loge chez une amie en attendant de trouver un chez moi pour l'annee scolaire a venir), et deux tournois de badminton ou j'ai atteint les finales (et meme remporte l'une d'elles en double dames)...

C'est dire si je n'ai eu le temps de rien, pas meme de songer a mon depart; ou plutot, j'ai juste eu le temps d'y songer et de m'en inquieter, sans avoir le temps de le preparer convenablement...

 

Arriva ce qui devait arriver: a l'heure du depart, aucune envie de partir! Je venais d'emmenager chez moi, avec cette envie comprehensible de m'approprier les lieux, d'enfin prendre du temps pour moi, de me reposer, d'arreter ma course infernale et de passer mes nuits a finalement dormir, et mes jours a finalement ne rien faire que profiter, dans la nonchalance la plus totale, a lire, faire du sport, et enfin voir mes amis (pour certains, cela va faire des mois que je ne trouve pas le temps)...

L'avant-depart a aussi ete ponctue de sentiments tres etranges, qu'une fatigue extreme a surement du accentuer outre-mesure. Depuis quelques temps, je repere chez moi un changement, comme une revolution interieure, et pour la premiere fois, mon idee des vacances s'apparentait davantage a un farniente entoure de mes amis au milieu de terres connues et aimees qu'un raid aventurier en terres hostiles meme si accueillantes, dans la solitude et la precarite les plus totales... A cela venait s'ajouter des petits tracas de sante qui m'ont fatiguee, et des reves incessants (ou plutot cauchemars), ou je mourrais en Birmanie... Mes reves etaient tres reels, tres detailles, et pour le coup assez derangeants...

 

Jusqu' a la derniere minute, j'ai hesite a partir, mais mon billet d'avion etait paye, il etait trop tard pour partir en France et aller flaner aux terrasses de ma capitale bien aimee, aller voir la saison a l'Opera que j'ai eu le malheur de regarder en ligne... Quant a rester, il sera bien temps pour moi, en aout, en plein Ramadan, de souffrir de la chaleur inhumainement humide que Dubai reserve a ses estivants... Je suis partie la mort dans l'ame, en quete vitale de stabilite, sans aucune preparation, sans vetements adequats, sans aucune idee de destination, triste de cette tristesse qui s'empare de moi apres une periode d'activites tres intense, quand tout retombe, la pression, le stress, le temps en accelere, mes journees de 36 heures. Je connais ces moments-la, l'inactivite et l'inertie ont toujours ete chez moi une grande source d'instabilite emotionnelle. Je les connais et sais desormais les dompter, plus ou moins.

Je faisais le constat de mon envie de me rapprocher des gens qui comptent pour moi, de parler, de recreer des liens toujours fragiles a cause de la distance, ces liens qui ne perdurent que grace a l'amour inconditionnel de ces memes personnes envers qui je ressens toujours cette immense gratitude pour faire l'effort, ou encore pour ne pas faire le reproche de. 

Que m'importe ces destinations dont je ne sais rien, que je redoute meme, la planification, la precarite, la mise en danger, la remise en question, le silence, la solitude parfois tant recherches... Je voulais lire, me retrouver, me reposer, prendre soin de mon corps qui m'a fait comprendre dernierement que je le poussais au dela du raisonnable, commencer mon entrainement intensif de badminton avec mes coachs perso, continuer a apprendre l'arabe avec cette motivation que je decouvre finalement apres 3 ans a Dubai, et surtout, m'entourer des miens, dans la paix et la tranquilite...

Mais combien de fois ai-je reporte ce voyage, combien de fois ai-je regrette de ne l'avoir pas fait, combien de fois aurais-je encore l'opportunite de trouver 3 semaines de libre... Et je ne suis pas femme a plier devant l'obstacle, je ne suis pas femme a me laisser guider par l'irrationnalite terrifiante de mes cauchemars, ni a ceder a la facilite confortable et rassurante.

Je suis partie, j'ai embarque, dans cette apprehension doublee d'un sentiment de deja vu derangeant mais rassurant, en direction vers Bangkok.

Bangkok, une ville que je connais, qui resonne en moi pour le meilleur et pour le pire, une ville pilier, mais que j'evite au maximum, une ville ouragan dans mon histoire personnelle, une ville typhon qu'il allait me falloir reapprendre differemment, puisqu'il etait convenu que j'y attende mes meilleurs amis de France pour 5 jours...

Je l'ai metionne, leur compagnie valait l'attente, et j'allais prendre ces 5 jours pour faire une transition geographique, physique et psychologique, me decider sur ma destination finale, et essayer d'apaiser le lion en moi.

C'est, a mi-parcours, je crois, chose faite: pour la pemiere fois, j'ai decide de ne rien faire... Et je dirais meme que j'excelle en la matiere. Le corps est arrive a bout, l'esprit aussi. Je suis tetanisee aux alentours de Kao San Road, sans l'envie d'en sortir, ni meme le besoin d'arpenter toutes ces rues que je n'ai pas toujours eu le temps de parcourir lors de mes precedentes visites. Tout effort d'organisation m'est surhumain, je laisse donc couler les jours entre mon lit, baignee dans la fraicheur toute relative du ventilateur, et les bars ou je m'asseois a l'ombre pour lire, lire et relire... Je reduis le nombre de mes decisions hebdomadaires a la nouriture dont je vais me regaler, et basta.

Mon bagage a ete perdu en Chine lors de mon transfert, et je suis donc arrivee a Bangkok, familiere avec les lieux, sans autre biens que mon bagage a mains. J'ai achete une brosse a dents, un savon, un dentifrice, pris une chambre loin de mes souvenirs tellement forts, et j'ai dormi, dans le depouillement le plus complet, heureuse de ce rien, tres nouveau pour moi. Un rien a faire, un rien a dire, un rien a penser, un rien a organiser, a ressentir, a expliquer, a justifier, a depasser. C'est le rien ontologique, epistemologique, le rien existentiel, imparable, de la condition humaine. Je l'accueille, il me semble, avec une tendre clemence...

Mes echanges ici s'en tiennent a une discussion en langue des signes de pres de dix minutes, avec une Thaie, ou je constate que je comprends presque tout, mais que je ne sais plus rien exprimer... Nous nous comprenons, je crois, et je me sens heureuse de ce retour a cette langue qui m'est chere (ma derniere experience ayant ete des plus regrettables: je m'etais fait insultee, pourchassee, flashee en voiture, a Dubai, par un arabe, qui visiblement me reprochait d'ecouter mon ipod au volant... On avait fini sur le bord de la route, et pas de chance pour lui, j'ai baragouine suffisamment de mes mains aguerries pour qu'il soit desarme devant ma maitrise de sa langue! Il avait fini par abdiquer, et moi, j'etais repartie, lasse et lassee de ces comportements stupides dont l'homme detient les secrets....)

 

Je suis dans l'attente, donc, de l'arrivee messianique de mes amis, et malgre tout, malgre tous les signes, j'ai meme organise mon sejour en Birmanie: billet d'avion, hotel, et un semblant d'itineraire. Me reste le visa, lundi matin, je croise les doigts, et le sentiment bizarre que tout cela m'importe peu, que de toute facon, il va me falloir me tromper, tituber, me faire arnaquer, negocier, perdre mon temps, de l'argent, que c'est le prix a payer lors d'un premier sejour, et que seule l'experience peut rendre un voyage vers l'inconnu un desastre moins grand. Dans quelques jours donc, c'en sera fini de mon laisser-aller, je reprendrais la route, en essayant de ne pas me faire piquer par un moustique, par un serpent, en essayant de voir le plus en moins de temps, avec un minimum d'argent, de confort... Je sais tout cela, desormais, rien ne m'effraie plus vraiment, c'est la la beaute de l'experience acquise, du temps qui passe, des cycles qui s'elargissent, se repetent, jamais vraiment pareils, mais que l'on reconnait dans ses formes et ses desseins.

C'est la le cheminement humain, auquel je me prete, plus forte et plus apaisee que jamais. 

 

 

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mymy 12/07/2011 00:25


Je pense fort à toi. ET peut importe tes décisions, je serais toujours là pour toi.

Tu es ma soeur d'amour.


M1 10/07/2011 22:47


Et sinon t'aurais pu participer à Fort Boyard ^^


papounet 09/07/2011 20:56


Coucou, v'la ton papa chéri !
Bon, alors, t'es en pleine crise instantationnelle, camusarde sur le fil du rasoir le nez dans le mur ?
Le présent se limite à la seconde, et ne se raccroche plus à rien, ni devant ni derrière ? Coupées au sécateur, les connexions avec la mémoire et l'imaginable ?La sensation en pleine gueule de
l'irrationalité environnante, aucun ancrage dans une dynamique cartographiée, avec la ligne blanche au milieu et les fossés sur les côtés ?
A moi Beckett, à moi Kafka, à moi Camus, à moi Winnie et Somerset Maugham, Feydeau et Burroughs ?
Les choses n'ont pas de sens. Elles n'en ont jamais eu et n'en auront jamais, car les choses sont inertes, ne s'inscrivent dans aucune dynamique intellectuelle, existentielle, culinaire ou
sportive. Inutile d'essayer de leur donner un sens, elles n'ont pas conscience donc volonté potentielle à le renvoyer. Et l'illusion d'avoir rationnalisé l'ensemble ne tient pas trois secondes. Ne
reste donc qu'à se positionner dans une perception positive, ARTIFICIELLEMENT, sans aucun lien avec le réel, pour se sentir être/exister entre deux planètes distantes de plusieurs années-lumière,
flottant dans un vide saturé d'énergie à jamais imperceptible autrement que par les mathématiques. La perception que l'on a du monde, et de soi puisqu'on en fait partie, ne tient que si on la
tient. Vivre accroché dans un monde où aucun crochet ne peut s'agripper, ou partir en sucette sans trop bien s'en rendre compte, bercé par le monde et ses odeurs, sournoises ou flatteuses,
réconfortantes ou insupportables, en tout cas inévitables, le choix est limité, et normalement suffisant pour la quasi totalité de l'espèce.
C'est chiant d'être une exception, hein ?
Consolation: il y a des millions d'exceptions parmi les milliards de standards. A défaut de réussir à partager ce non-sens innocent - et, pire que tout, constater que ce partage ne change pas
suffisamment le fonctionnement pour le rendre d'un seul coup personnellement intégrable et admissible - se rendre compte que l'on s'en rendre compte collectivement, apporte beaucoup de baume à la
tête. Quand tu comprends qu'il n'y a rien à comprendre, que le rationalisme n'est pas une solution à l'angoisse de mort, tu as la satisfaction de ne plus prendre d'aspirine pour rien.
A part ça, c'est joli quand même tout plein où t'es ? Y'a des hannetons farcis au moustique au p'tit dèj ?
Tu feignasses, tu bouquines, tu nonchalantes (tiens, l'étymologie ressort vachement, là !), tu zappes de Télé-Réalité à Canal E.T.ique-maison, les vacances sont donc des vacances, pas seulement un
inter-cours café vite-fait dans la salle des profs.
Désintoxication objective: tu te prends du vert plein les yeux, dans ton cerveau habituellement permanentement chargé au sable-soleil. P'tit coup de rincette. Je sais de quoi je parle; je viens de
Créteil, avec JJ: niam-niam au feu, apéro-pinard-café-mirabelle-Champagne, plus tomates du Costa-Rica pour moi. Eh ben fait beau, hein ! J'aime bien ce monde de merde dans cet univers sans but.

Camus, Bruckner, Twain, c'est pas de la merde, quand même !

Bises sous les palmiers, ou les bananiers, ou les moustiquiers, enfin les machins verts à grandes feuilles qui poussent là-bas.

Grmpf ???


doubas jimmy 09/07/2011 18:24


Il y a des moments dans la vie ou on ne sait pas, ou on ne sait plus, ou l'on reve ou pis, mais c'est ce qui nous construis. Quand on demande tant et tant a son corps a son esprit, pendant autant
de temps, on a besoin de decompresser. Pas la peine de culpabiliser, de chercher a donner des explications, c'est comme ca et on comprend. Alors prend du temps, prend ton temps et profite de la
vie. Les plus fideles d'entre nous seront comprendre et ne rien te reprocher. Depuis 3 ans tu nous gratifies sans cesse de commentaires, d'images. Nous t'en sommes tous reconnaissant. Alors si tu
penses d'avantage a toi qu'a "nous", personne ne peut t'en faire le reproche.
Bonnes vacances. Bisous.


Yann Noirot 09/07/2011 15:15


Lara,
un rêve est à 99,9 % symbolique plutôt que littéral.
peut-être que la Birmanie t'apportera l'insoupçonnable...
:-)
confiance :-)
Yann