Ce n'est qu'un aurevoir...

Publié le par Laurence Tissot

Voilà, après une année et demi de bons et loyaux services, je quitte le navire. C’est la fin de presque deux ans d’une aventure avec ses hauts et ses bas, ses surprises et ses déceptions, ses coups de gueule et coups de cœur. Presque deux ans pendant lesquels ma relation aux filles a changé du tout au tout.

 

Et à l’heure de partir, de tirer ma révérence, beaucoup de larmes, d’émotions, de joie aussi d’avoir tant partagé. Un lien invisible et indestructible est né entre les filles et moi, entre cette famille d’adoption et moi. Un lien très différent de tout ce que j’ai jusqu’à présent connu.

 

Je comprends, parce que je l’expérimente dans ma chair et mes entrailles, que l’amour qu’on porte à un enfant, à deux, dans mon cas, est un sentiment à part. Il s'agit d'une rendition indescriptible. L'amour est à part en cela qu'il est inconditionnel.

 

J’ai mis les filles au lit hier pour la dernière fois; Anika pleurait tellement, me serrait, me suppliait de ne pas partir, et Vivi posait sur moi un regard qui en disait long. J’ai littéralement pleuré toutes les larmes de mon corps et de mon cœur, pour ces deux petits êtres qui ont rythmé ma vie ces dernières années. Il y a de l’instinct maternel dans cet amour, une force inouïe, une abnégation de tout, une dévotion purement gratuite. Il y a beaucoup, trop à mon goût, d’intensité dans cet amour.

 

 On ne peut pas survivre à l’amour des enfants. C’est au-delà de tout. J’aimerais ces petites, même si jusqu’au bout, je n’ai rien lâché vis-àv-vis d’elles, sur leurs manières, leur politesse, je les aimerais, disais-je, plus que quiconque sur cette planète. Car nous nous sommes choisies. Nous avons construit, sans attente, sans reproches, un lien complice et éternel.

 


Et pour anticiper tout commentaire, plus que jamais, je suis persuadée que je n'aurais pas d'enfants. Pas pour d'obscures raisons, mais parce que j'ai enfin acquis la conviction, sagement, sans souffrance, avec cette expérience que peu de femmes font avant de devenir elles-même mamans, que je ne veux pas être maman.

C’est l’heure du bilan, donc. J’ai fait un bon travail. J’ai vaincu l’ennemi. J’ai accepté de changer. J’ai donné, reçu, me suis trompée, ai été aussi juste que j’ai pu et sûrement bien des fois pas comme j’aurais dû. Valérie m’a écrit une lettre touchante, reconnaissant tout le travail, l’amour et l’humour que j’ai dispersé dans leur maison. Et aussi longtemps que je vivrais, il y a aura beaucoup beaucoup d’amour en moi pour cette famille, certes imparfaite, mais qui aura été la mienne.

 

J’ose espérer que les filles se souviendront de moi. Les enfants, et c’est tant mieux, oublient avec une facilité déconcertante. Je pars le cœur gros. Gros, mais bien rempli.

Ma dernière photo avec les filles:
 

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didier devillez 21/07/2009 12:12

Je quitte le Laos dimanche soir. Un jour, une nuit, un jour a Bangkok. Si tu y es lundi 27 en soiree, tu me trouveras au 0032475931935. Je t embrasse, Didier (Devillez)

Papounet 02/06/2009 18:57

Ce n'est qu'un arrosoir...

"Un lien invisible et indestructible est né entre les filles et moi..."
Ça s'appelle la maternité. C'est un état qui peut aussi se vivre par intérim. La preuve.

J'écris au fur et à mesure que je te lis. Et ton paragraphe suivant confirme, en le décrivant, ce que je viens de dire.

Et ça continue en-dessous.

"Trop d'intensité, à ton goût, dans cet amour". Ben, ma vache ! Tu touches le haut de la cîme d'une des plus élevées montagnes qui borderont ta route pour quelques décennies, faudrait bien appréhender le paysage d'où tu contemples le monde, avant de faire la difficile.
"On ne peut pas survivre à l’amour des enfants." Bon, tu te rachètes.
Je te garde. Comme fille. Tu le fais pas mal, finalement.

OK. "This is the end, my friend".
Tu pars ton chemin, plus loin, et les filles suivront une autre route.
Après la séquence Découverte, c'était la séquence Emotion.
Alors je ne peux te souhaiter qu'une chose: revenir dans quelques temps, années ou quelques choses comme ça, les voir grandies, toujours aussi vivantes, et que vous vous retrouviez avec autant de passion, de sincérité, de profondeur, que durant votre tranche d'orange commune de 18 mois. Rire et estime, respect et complicité, sincérité et tendresse. Quel beau voyage, je ne sais pas, ça dépend de l'endroit. Mais assurément, quelle belle façon de voyager.

Va, ma fée Clochette, fly again, again and again, as long as the wind will keep blowing on your wings, and keep your smile alive.
Kiss and hugg.
Papounours

princessedubai 30/05/2009 10:01

ma chérie te voilà ti devenue maternelle ? je n'ose y croire. Bon je commence un peu à te connaître et je me demande si sous le soleil de Tahiti tu ne vas pas nous concocter un petit "Gauguin" rien que pour nous étonner !