De la justice à Dubaï

Publié le par Laurence Tissot

Il y a de cela 2 semaines (je sais, j'ai beaucoup de retard, mais mon ordi rame, et je ménage mes nerfs), à 22h30, Melinda (l'une des deux femmes de ménage) vint frapper à ma porte. Visiblement dans tous ses états.
Elle me demande si je peux l'emmener au poste de police. Et elle me raconte l'histoire abracadabrante dans laquelle elle est impliquée, avec sa soeur Yolanda. Chaque endredi, elles ont leur jour de congès. Et depuis des mois, elles vont passer leur jour de repos dans la famille de leur cousine, à l'autre bout de Dubaï. Elles dorment là-bas et rentrent le samedi matin. Ce samedi-là, il n'y avait visiblement personne quand elles ont laissé la maison, elles ont donc, en accord avec leur cousine, laissé la clé de l'appart sous le paillasson. Et voilà que leur cousine les accusait d'avoir voler ses bijoux! Et cette connasse de cousine n'a pas trouvé mieux que d'aller porter plainte au commissariat, au lieu de régler le problème en famille! Résultat, tous les membres de la famille ont été convoqués en pleine nuit! Une horreur. Le gendarme, un bureaucrate visiblement soucieux de bien faire son travail et avec une petite bite, les a harcelées au téléphone toute la soirée, les menaçant, les intimidant. Ce qu'il faut comprendre, c'est que leur situation n'est pas la même que la mienne, par exemple. Elles sont des Philippines, une communauté méprisée et victime de la hiérarchie communément admise. Ils doivent faire des démarches pour pouvoir quitter leur pays, faire des démarches pour rentrer dans un autre pays. Ils ne détiennent pas leur propre passeport. Et bien évidemment, ne bénéficient pas de la présomption d'innocence. Alors c'est très vite parti à coups de menace d'expulsion, et autres. Et bien évidemment, elles sont très influençables, complètement dépassées par ce genre de situation. Qui ne le serait pas, me direz-vous? Mais la donne change considérablement quand tu sais que tu risques tout, absolument tout, et que tu n'as aucun système de défense. Tu es niqué d'avance. C'est comme nos immigrés en France. Je ne pense pas qu'ils aient droit aux mêmes égards, s'ils sont suspectés de vol! Ajoutez à cela qu'elles sont deux femmes plutôt simples, ne sortant jamais de leur ferme, et un peu limitées dans leur gestion de situations sortant de l'ordinaire, situations qui les dépassent forcément. Ce n'est pas paternaliste, ou rabaissant, c'est une réalité.

Bref, je "force" le coffre-fort de Valérie pour prendre leur passeport, mais au téléphone, Valérie me dit de ne pas y aller, que personne ne se rend à l'autre bout de la ville comme cela, en pleine nuit, parce qu'il est juste pointé du doigt sans preuves ni raisons! Je prends donc l'initiative d'appeler l'officier en charge de l'affaire, avec le téléphone de Melinda. Il décroche et commence à m'insulter, pensant que c'était elle, du genre, "de toute façon, on va t'expulser, on va te retrouver, ramène tes fesses, yallah, yallah!" Je le coupe net, je lui dis de se calmer, et qu'il est hors de question que ces deux femmes se rendent où que ce soit sans qu'on leur explique décemment de quoi elles sont accusées, et dans le respect humain et judiciaire. Il marque une pause, et me dit: "qui êtes-vous?" Je lui dis, "Vous, qui êtes-vous, et qui pensez-vous être pour parler ainsi sur ce ton à deux personnes que vous effrayez visiblement par des menaces infondées!" Et ca part en cacahuètes. Il me hurle dessus, "qui êtes-vous? Qui êtes-vous?" Je rétorque plus fort que lui qu'on ne me parle pas comme cela, et ainsi de suite. Il raccroche au nez, après m'avoir insultée en arabe.

Et finalement, à minuit, elles ont dû partir en taxi, j'étais bloquée à la maison avec les petites, et Zeev, le fils d'andy qui vit avec nous les a accompagnées. Il s'est fait jeté à la rue une fois sur place, en pleine nuit. Pensez-vous, c'est bien plus impressionnable deux pauvres femmes philippines qu'accompagnées d'un américain instruit et au fait de ses droits! Et heureusement que je ne l'ai pas accompagnées, pour deux raisons: la première étant que je me serais faite embarquée pour prostitution, à cette heure tardive de la nuit, et aussi parce que l'officier ne s'est "jamais ainsi fait traité de la sorte par une femme, et que j'allais avoir affaire à lui!" Eh bien, qu'il vienne, ce cochon! Je ne m'appelle pas Laurence Tissot pour rien, et personne ne me parle à moi ou à qui que ce soit sur ce ton. Si je dois me faire de la taule pour aller au bout de ce raisonnement, plutôt deux fois qu'une! Bah oui, une femme qui s'exprime, ça fait beaucoup de bruit...

Pour la fin de l'histoire, Meli et Yoli ont évidemment été innocentées, et tout, ou presque, est rentré dans l'ordre. Elles n'ont juste plus de famille à visiter, trahie par les leurs. Ce qui est plus que dommage, en cette terre où la solidarité est nécessaire pour ne pas devenir dingue.

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Sébastien 18/02/2009 07:47

Tu es quand même un sacré bout de femme : pleine de courage et de convictions.
Ne change rien ! (Mais fais attention à toi quand même dans ce pays de fous)

Papounet 16/02/2009 22:30

NO PASSARAN !

cath 16/02/2009 22:14

c'est pas terrible l'envers du décor du paradis bling bling pour riches et adeptes des pays chauds et clinquants ... même superlaurence s'y casse les dents ...

jimmy 16/02/2009 22:09

décidément ce pays, si beau, si riche et si méprisant! Attention de ne pas te retrouver dans un "midnigth expresse" à Dubaï. (pas sur de l'orthographe)