Mon premier Iftar

Publié le par Laurence Tissot

En bonne observatrice que je suis, je ne pouvais laisser passer un mois de Ramadan sans aller y voir de plus pres. J’ai donc carrément demander à Asif s’il pouvait m’emmener avec lui à un Iftar. Il était tout content! Quelle experience…

Je m’habille donc pour l’occasion: je couvre mes cheveux, mes bras, mes jambes. Ca ressemble à cela:

Et la, à ma surprise, Asif (qui je le rappelled, pour les nouveaux, est le chauffeur de la famille, un Pakistanais et un de mes meilleurs amis ici) me regarde d’un air d’autoroute, et me sort: “OUaaaaouh, tu es strop sexy! Si ce n’était pas le Ramadan, je t’embrasserais bien!” Bon, c’est pour plaisanter, mais quand meme, il a passé sa soirée à essayer de me convaincre que vraiment, je devrais porter cela à l’année. Oui, j’y penserai.

Bref, il me donne rendez-vous à 18h10, pour aller manger à 18h23. Précises. Ca déconne pas.

On va célébrer l’Iftar avec ses amis, dans une villa en travaux à quelques centaines de mètres de la nôtre. J’enlève mes chaussures, et pénètre dans une piece silencieuse où des hommes sont assis par terre, le regard bas, perdu, lent. Le jeûne est fini. Je fais pareil. Des regards en coin, je dis bonjour, on ne me répond pas. Personne ne me regarde dans les yeux, je suis blanche, je fais partie de la race de ceux qui les emploient. Aucun d’eux ne parle anglais. Ils préfèrent m’ignorer. Mais me passent la nourriture en baissant la tete.  Ils partagent. Cest un pauvre Iftar, car leurs femmes, soeurs, mères, sont malheureusement restées au pays (ce soir-la, Inde, Bangladesh et Pakistan), et donc, ils doivent cuisine par eux-memes. Chacun a emmené quelque chose à manger. On me passé des dates que j’avale alors que je déteste cela. Des fruits, à meme le sol. On mange avec nos doigts. Le riz, le boeuf, les haricots secs dans la sauce chilly. Je retiens de ce diner une grande humilité. A ma surprise, ils mangent trés peu, et ne boivent qu’une boisson sucree infame, une sorte de sirop de grenadine mais cent fois plus sucré et dégueu. Je me fais avoir aussi: j’avais oublié à quel point leur nourriture est épicée. J’ai craché du feu pendant toute la nuit, et pense avoir encore des restes pour allumer la prochaine flamme des jeux olympiques…

Une vingtaine deminutes plus tard, on part dans la piece d’à coté pour prier. Asif est en retard. Et bizarrement, il part le premier. Je regarde cela avec étonnement, ils ne sont pas très concentrés sur leur prière, surement parce que je suis assise dans le fond de la pièce à les regarder. Certains repartent manger un peu, mais la plupart repartent. Je reste avec Asif et deux de ses amis (voir photo), on va prendre un thé ensemble.
 

La conversation est difficile. L’hygiène aussi. Ca sent mauvais. Terriblement homme et pas des plus frais. Je demande à me laver les mains, je ne les pas encore vu faire. Ah si, avant la prière. S’ensuit une intéressante conversation sur les marriages multiples. Un des deux hommes, parlant relativement bien l’anglais, me raconte son histoire. A 19 ans, alors qu’il était en angleterre, son père lui a dit, il faut te marier maintenant. Après 15 jours de recherché infructueuses, le jeune home qu’il étiat a finalement decide de confier le choix de sa femme à son père. Et cela fait 43 ans qu’il est marié avec la femme choisie. Il est heureux. Il m’explique ses raisons: c’est une bonne femme. Elle a le sens de la famille, elle m’a donné quatre enfants, elle est fiable, fidèle, et sait tenir une maison. Quoi demander de plus? En effet… Je ne sais pas quoi penser de cela. Si c’est eux qui ont raison, si c’est juste aussi simple que cela, si c’est nous qui en voulons trop, ou si au contraire, recherché un épanouissement affectif qui va au-delà de la simple reproduction n’est pas la forme finale de l’amour.

Sur le papier, m’explique-t-il, un mari peut demander à sa première épouse de se marier une seconde fois si la première, par exemple, ne peut lui donner d’enfants. Sur le papier. Elles doivent vivre sous le meme toit, ou dans des maisons mitoyennes. S’entendent bien généralement. Si l’époux offer des boucles d’oreilles à l’une, il doit en offrir à l’autre. S’il honore sa femme le lundi, il honore la deuxième le mardi. Je trouve ça très sain, comme manière de fonctionner. Et je suis sûre que les femmes y trouvent leur compte…

En fait, plus j’appréhende cette culture, plus elle me rend triste. Je pense qu’on n’est pas sortis de l’auberge. Ces hommes et ces femmes vivent une vie régie par l’absurdité. Et ils sont tristes. La plupart. Certains deviennent frustrés. Et une petite poignée démoniaques, vengeurs, assassins. Tout système génère ses propres aberrations. Celui-là n’échappe pas à la régle. Il y aura eu trop de regards tristes ce soir-là. Des regards que je n’oublierais jamais.

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coco 26/09/2008 19:40

coucou c'est frédinou. Je ne suis pas d'accord avec ton asif du lotz... je te trouve bien plus sexy quand tu nous montres tes traces de bronzage plutot que lorsque tu te couvres la tête d'une serpillère (dont le port, pour notre culture générale a tous, faut bien que je me charge de relever le niveau, n'est pas obligatoire selon le coran)... d'ailleurs, il en est ou ton bronzage, des photos siouplait !!!

coco 26/09/2008 18:15

Bon, je voudrais tout d'abord m'excuser pour tous ces mails ironiques et humoristiques que je t'envoie mais je ne sais rien faire d'autre (les conversations politiques, économiques, sociales..., c'est pas mon truc) surtout lorsqu'il s'agit de se mettre à ton niveau, je culpabilise un peu alors préfère me taire....
Mais j'apprécie néanmoins toutes ces réflexions sur la vie, l'amitié, les relations humaines; j'aime découvrir à travers toi ces terres qui me sont inconnues et ces civilisations qui me sont étrangères,(ah mais si en fait, je cause pas mal finalement!) alors merci et j'éspère que je te le rends bien avec mes messages très souvent farfelus...

jimmy 26/09/2008 00:12

la vie est faite de rencontres improbable qui reste néanmoins gravé a jamais dans notre mémoire!