Mon retour a Dubai

Publié le par Laurence Tissot

Apres une derniere semaine plus que chaotique aux Etats-Unis, seule avec les filles, une engueulade monstrueuse avec la femme qui m'hebergeait, des valises bouclees en pleine nuit pour echapper a la mechancete de certaines personnes, des rencontres fulgurantes, dures, belles, intenses, je reviens chez moi. Un chez moi de passage. Un chez moi qui etait devenu Etats-Unis. Ou est mon chez-moi?

Mon passage en France (et en Belgique) m'a bouleversee.  De bonheur, d'amour, d'amitie.

Je reviens dans un pays dans lequel j'ai choisi de venir vivre il y a quelques mois. Avec l'excitation d'une decouverte, d'un choc, d'une difference a laquelle je m'etais preparee. Cette fois, le retour est amer et doux. Je connais ces rues. J'y retrouve une passion. Une femme avant moi. Seulement quelques semaines d'ecart avec la femme que je suis aujourd'hui, et pourtant si differente. L'air est chaud est humide. Je le savais. Mais 46 degres avec 65 pour cent d'humidite, on a beau savoir, on ne peut s'y preparer...

L'air est lourd, difficilement respirable a cause du sable, de la poussiere, de la lassitude, de la sueur. Le traffic est intense. Les rues propres. Mais rien ne me parait semblable. J'ai change. Je vois tout differemment. Je reviens d'un pays ou les choses marchent. Ou les gens sont ouverts, souriants, friendly, simples, prets a rire, a une anecdote. Je me retouve face a ces hommes et a ces femmes cloitres dans leurs carcans, leur religion, leurs tabous, leurs peurs, leur retard. Je parle beaucoup avec des amis ici. Nosu faisons tous le meme constat: plus le temps passe, moins nous comprenons ce qui nous entoure ici. Cette civilisation est certes fascinante, mais il faut qu'elle evolue. Et pas seulement a coups de petro-dollars. Le ramaddan viendra exacerber cette incomprehension, cette distance, chez chacun d'entre nous (voir procahin article). Je vois mieux les choses, je suis moins aveuglee par l'entrain de la decouverte et de la nouveaute. Les choses ne fonctionnent pas bien. Les gens sont difficilement voire impossiblement abordables. Il y a une incompetence, une impossibilite a effectuer et a assimiler certains concepts qui me pesent.

Je reste tolerante, attentive, ouverte, tendue vers l'autre. J'essaie de sortir de ma propre perception pour en adapter une nouvelle. Mais certaines choses deviennent difficiles. Car elles sont betes. Stupides. Incoherentes. Laches. Comme partout ailleurs, me direz-vous. Surement. En France, en Europe et dans nos pays dits "avances", on a juste atteint un degre d'absurdite un peu plus civilise.

Fin des considerations generales.

Je suis allee dans un centre commercial ce soir. Un  de ces grands Mall qui remplace nos agoras. J'observe, en temoin de ce qui m'entoure. Beaucoup de choses me traversent l'esprit: deja, comment diable peut-il encore y avoir des Philippins aux Philippines, s'ils sont tous la, a Dubai!!! C'est une communaute d'envahisseurs. Je suis impressionnee et perplexe. Je pense qu'un quart de leur population se trouve a Dubai, et trois quarts de ce quart dans ce Mall, Ibn Battuta (ah que!) 

Je regarde et reste stupefaite. Cette ville est un summum de contradictions. Le luxe le plus scandaleux, et la misere la plus intolerable. Chacun a sa place. Les Philippins aux caisses, les Indiens emballent les aliments dans les sacs plastiques. Cette ville essaie. Vraiment. Elle fait des efforts. Elle se met meme au recyclage. c'est dire... Mais elle part de tres loin, et se heurte a des systemes ancestraux qu'il lui faut detourner. Cela ne donne pas toujours du tres joli...

Une nouvelle maison aussi. Je m'y plais. Enormement. Faudrait etre plus que difficile. Juste pour mettre l'eau a la bouche, je dirais a vue de nez 12 salles de bains, une salle de jeux, une piscine, un ascenceur, une dizaine de chambres... Je prendrais des photos des que possible. Mais pour l'instant, je me munis encore de mon plan pour m'orienter dans la maison... Je me marre, comme disait l'autre.

Les choses ont ete un peu compliquees egalement a mon retour, car j'ai ete tres malade. Enfin, malade n'est pas le mot. Je dirais fatiguee. J'ai passe ma premiere semaine a dormir 17 heures/jour. Et encore, parce qu'on me reveillait. Et que je devais assumer un minimum de ce pourquoi je suis ici. Une horreur. Dans le gaz absolu. Chaque mouvement me coutait une energie folle... Bref, souffrant d'une hypothyroidie chronique depuis quelques annees, et etant douee d'une capacite d'analyse hors du commun, je me suis dit: "tiens, mon medicament ne doit plus etre adpate!!!" Eh ben meme pas! J'en ai eu pour 600 euros d'analyses, et resultat: je suis juste tres tres fatiguee... Ah! Merci d'etre passee... Alors voila, cela fait deux semaines que mon coeur hiberne a sa facon. Il assimile, il recupere. Un rythme insoutenable. Beaucoup d'evenements dramatiques, intenses, profonds, dont je ne peux parler. Mon corps dort, pour laisser couler un peu la vie sans lui.

Sont venus s'ajouter a cela des menaces et des propos diffamatoires qui m'ont beaucoup blessee. Mais j'ai pris le parti de la sagesse. Essayer d'etre plus intelligente que les coups bas qu'on veut porter. Je suis en paix avec moi-meme, et laisse les vils sentiments s'exprimer.

Voila. J'ai beaucoup dormi. Aujourd'hui, j'essaie de redonner un equilibre perdu a mon corps, et a apaiser mon ame. Mais je suis definitivement une femme chanceuse. Et libre.

Commenter cet article

. 15/09/2008 19:09

Citoyenne du monde qui t'entoure, à quoi te servirait les frontières?

Tu façonnes ton environnement, à l'image de ton désir d'aventures, tes émotions te bouleversent.
Bien heureux, tu es vivante et tu le vis.

Bondir en avant, en prenant soin d'observer et d'apprécier toutes les étapes qui te font changer d'opinion sur ceux qui t'entourent. Et si cet espace n'évoluait pas , PIRE, si personne ne remarquait qui tu es devenue, la passion qui t'animes, t'embrases?

A présent, écoute les.

Bien à loi, L.T.

Laurence Tissot 15/09/2008 20:34


Qui est a l'origine de ce commentaire?


Sylvia 15/09/2008 14:54

Hola,
que descanses, que aproveches de los momentos buenos y que los malos te hagan ir adelante.
Un besazo!!! Sylvia.

Pap et Cat 14/09/2008 19:38

Effectivement, que dire de plus...
On va juste en remettre une couche, pour te dire que nos pensées t'accompagnent, que nous te souhaitons de te retaper au mieux le plus rapidement possible, et qu'il te faut, contre toutes incohérences, déséquilibres, difficultés, anachronismes, raison garder. Continue à regarder, écouter, observer, décrire, comprendre, raconter, expliquer, sentir, prévoir, deviner, t'adapter, résister, patienter, t'émerveiller, rencontrer, partager, pour toi d'abord, les choupinettes, et nous aussi, car ton vécu dans ce monde touche toujours le nôtre.
On t'embrasse tous, caresses-papates des velus.
A bientôt

Maureen 14/09/2008 18:45

Chère Laurence,

En ayant l'âme d'une voyageuse, je pense que ton chez toi n'est pas forcément lié à une place précise...
Bien sûr cette réponse n'est pas forcément rectiligne...
Lorsqu'on est à l'étranger, on peut aussi ressentir le fait de ne pas être chez soi à cause des différences, de nos habitudes etc. et lorsqu'on est chez soi, c'est à dire terre de notre naissance, on n'est plus vraiment chez soi, par le fait d'avoir laissé quelques morceaux de soi sur d'autres terres...
Tu sembles être quelqu'un de fort, et je suis sûre que les épreuves que tu traverses te permettront d'arriver à quelque chose de bien... Tu as raison crois à ta bonne étoile, elle seule sait où tu vas filer ;)
Je te souhaite un bon rétablissement, prends soin de toi, A bientôt pour des nouvelles lectures,
Bises,
Maureen

noni 14/09/2008 17:32

ce qui est beau dans ce que tu écris, c'est que même dans les douleurs ou les sentiments de "déception" tu restes vivante, forte et entière.
Je ne te dirai pas "tiens bon" parce que je ne nourris pas vraiment d'inquiétude là-dessus...
continue...