Harlem

Publié le par Laurence Tissot

Harlem. La encore, nous sommes plein de cliches. Les Etats-Unis sont finalement ce que l'on connaissons de mieux et de moins bien. Nous sommes plein des representations que nous delivrent les films, les infos, les clips, la musique. Nous sommes nourris a la culture americiane tout en y resistant. Harlem fera partie de ce que j'appelerais le 'concept de realite', ou comment faire se rejoindre la representation et la projection avec la sensation et l'experimentation.

Contre l'avis de tous, je decide de m'y rendre seule. Mais en journee. Pas folle, tout de meme. L'experience est edifiante: je prends le metro, puis le bus, et au fur et a mesure que je rapprochedu quartier, les passagers passent du blanc au noir. Jusqu'a ce que je sois la seule blanche dans le bus. On me regarde de travers. Je sens que je franchis une barriere. Une limite qui est la, et que quelque chose cloche. Le temps de quelques heures, je me suis retrouvee a la place de la personne qui n'a pas la bonne couleur de peau. Ouaouh. Pas facile. Je demande mon chemin, les choses ne sont pas aisees, j'avais pourtant choisi une femme... Je sens une sorte de tension a mon passage, d'interrogation aussi. Je prends les grands boulevards. Mais je ne suis pas venue la pour en repartir aussitot.
Je decide de manger dans un resto 'typique'. C'est-a-dire, bouffe locale, caissiers locaux, rituel local. Tu prends ton plateau et tu vas t'asseoir sans demander ton reste. C'est pas cher, c'est pas propre, c'est pas sophistique. Je m'asseois sous les regards silencieux. Okay...Un enorme black assis a mes cotes reprend sa conversation d'une voix si profonde, si grave, que je pense m'etre assise a cote du gars qui joue dans la ligne verte. Ca parle en dialectes, en espagnol aussi un peu, en anglais des rues.
Je poursuis ma balade. Je suis surprise par le nombre d'eglises. Attention, pas des eglises avec clochers, nefs et ailes. Non, des maisons rebaptisees eglises, ou il faut venir prier le seigneur car il est grand, car il est notre famille, oui mes freres! Je regrette de n'avoir pas pu venir un dimanche matin a l'heure de la messe, assister au sermon du pretre, et ecouter des gospels, mais on ne peut pas tout avoir.
Les rues sont modestes mais assez propres, avec des maisons laissees a l'abandon (voir photo), mais aussi assez entretenues. Il y regne une ambiance de pauvrete evidente. Des junkies. Aussi. Des mecs baraques passant le temps assis sur les marches de leur peron. L'ironie des choses: le quartier regorge de messages tagges, peints, mosaiques, au nom de l'egalite, de la fraternite. Des aphorismes, des pensees pour un monde utopique.
Je traverse un parc, plus ou moins laisse a l'abandon, de toute facon, je ne sais pas si les gens s'y aventurent de trop. On est a seulement quelques blocs de Central Park et des quartiers riches. Enfin, je suis frappee, voire atteree, par le nombre d'invalides, d'handicapes, de gens visiblement en mauvaise sante, demunis. Je suppose pas d'assurance medicale. Le reve americain a ses limites tout de meme. Hommes boitants, femmes avec cannes, jeunes drogues, vieux dans des chaises roulantes. La population est mal en point, elle semble attendre quelque chose qui ne viendra pas.
Je m'apprete a rejoindre un grand boulevard par une petite rue, un group de jeunes me devisage, et ca en restera la. Un bus a deux etages, les City tours, me depasse, avec des blancs bien sappes, cameras a la main, s'exclamant devant l'authenticite des lieux: 'quand meme, on a bien fait de prendre ce tour operator, on aura meme vu les sales quartiers..."

Florilege de cliches tous les plus parlants les uns que les autres, sachant que je ne faisais pas ma maligne a prendre des photos, meme pour satisfaire mes lecteurs tres exigeants...
     
(Art is the one thing that provide a mirror to an individual's soul)

         
Cette entree me fait trop penser au film: " Un prince a New York". Je trouve ca tellement typique ces cages d'escaliers!!!
     
 
Le panneau rouge indique: Harlem Bikes doctors. Et les ados blacks jouent aux echecs. J'adore!

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Papounet 03/07/2008 23:59

"Harlem. La encore, nous sommes plein de cliches. Les Etats-Unis sont finalement ce que l'on connaissons de mieux et de moins bien. Nous sommes plein des representations que nous delivrent les films, les infos, les clips, la musique. Nous sommes nourris a la culture americiane tout en y resistant. Harlem fera partie de ce que j'appelerais le 'concept de realite', ou comment faire se rejoindre la representation et la projection avec la sensation et l'experimentation."
Belle analyse.
18/20

La suite: bel exemple de courage, corollaire indispensable de la curiosité, nécessaire dès que l'on sort des sentiers battus.
Courage, pas témérité. Il convient de toujours bien apprécier le risque, le loto repose sur le hasard, pas l'aventure humaine.
Belles descriptions. Claires, précises, pointues, incisives, explicites, illustratoires, descriptionnaires.
18/20 sans problème. Les photos sont hautement convenables.
En ce qui concerne la phrase "Art is the one thing that provide a mirror to an individual's soul", je me permettrai la traduction suivante:
"L'art est la chose qui fournit un miroir à l'âme de l'individu". Plus concentré, genre pétard Spécial-thinking : "L'art est le miroir de l'âme".
C'est marrant, ça. Ça me rappelle quelque chose.
Je dois trop lire.
Bisous des aliens.