Le temps de la reflexion

Publié le par Laurence Tissot

Apres le temps des cerises, le temps de la deconnade, le temps d'aller faire pipi et de revenir, voici pour moi venu le temps de la reflexion, de la confrontation avec moi-meme, de l'introspection, de la solitude desolante car pas souhaitee, de l'isolement, du vague a l'ame aussi. J'aurais envie de dire: "Bonjour tristesse"... La campagne ne m'a jamais reussi, cette maison ou j'avais passe mes trois premiers jours en quittant la France non plus, et j'ai beau puiser dans toutes mes ressources mentales et essayer de me tenir occupee, les choses me rattrapent inevotablement.

Le passe lointain, mon enfance a Athee sur Cher, je demande pardon a ma mere, mais je n'en garde que de mauvais souvenirs. La campagne est pour moi non pas source de calme et de serenite, un lieu ou se ressourcer, mais une perte de temps, un recul du monde, une maniere de revenir en arriere a chaque instant, d'un point de vue individuel et collectif.
On me demande beaucoup pourquoi je bouge tout le temps, et quand je compte me poser. Et tous ceux qui me demandent cela considerent cette evolution comme naturelle. Voila, t'as bourlingue, t'as voyage, quand comptes-tu fonder quelque chose? Et a chaque fois, la meme reponse me vient: quand on se pose, on est mort.
Ce n'est surement pas le cas de tout le monde, fort heureusement, mais je pense que les grands blesses ont tous besoin d'une resilience. La mienne se trouve dans le mouvement perpetuel. Me poser revient a ne pas avancer, et ne pas avancer revient a reculer.
Et puis fonder quoi? Une famille, non merci. Je suis en plein dedans, et ca aussi c'est de la connerie en boite. Transmettre son savoir, avoir moins les jetons de mourir seul, essayer de combler l'ennui a deux, trois, quatre, quelles que soient les raisons qui poussent les gens a avoir des enfants, et meme si elles sont bonnes et valables pour eux, ne me comblent pas, ne m'interessent pas, et me font royalement chier.
Alors fonder quoi? On ne fonde rien en ce bas monde. On passe. Et j'essaie de passer en en apprenant le plus possible, en aimant, aidant et m'approchant de l'autre. Ma fondation, la seule qui tienne la route, est le rapport que j'etablis a l'autre. J'ai besoin de comprendre, de m'interroger, de requestionner ce qu'on m'a appris et ce avec quoi j'ai grandi. Pas de m'etablir dans un schema que je connais, que je repeterai et qui se perpetuera. Sinon, on n'avance pas.

Le passe lointain me revient donc, mais pas seulement. Je fais le point sur mon sejour a Dubai, sur differentes choses qui se sont passees a NYC, dont je parlerai un peu plus tard; le point sur le chemin parcouru, mes deceptions de ces derniers jours, et aussi les mois qui m'attendent, les decisions a prendre. Les mois a venir vont m'etre particulierement douloureux. Je vais devoir rester seule sans voiture pendant une semaine avec les filles dans la maison de personnes agees avec des chiens et personne a des kilometres a la ronde. Tout ce que j'aime. Puis prendre l'avion seule avec elles, les ramener a Dubai, ou l'on prevoit de demenager dans la foulee. Tout le monde est chamboule, sur les cnerfs, et moi aussi. A cela s'ajoute le fait qu'Asif a decide de partir, je ne le retrouverai pas a mon retour. Il etait un pilier. Un de moins. La plupart de mes amis sont partis, ou le seront a mon retour. Certains projets que j'avais en tete et qui me tenaient dans un etat d'esprit positif tombent a l'eau et me font enormement me remettre en question. Comme un trou noir apres la lumiere tant esperee.

Reflexion autour de ma grand-mere aussi, que je sais malade, que je vois mal en point. Dans l'impuissance, l'eloignement, et l'incapacite a dire merci pour tout, et reste encore. Ma mere, et sa douleur que l'on tait. Les maux crient dans le silence et la distance.

Mon sejour en France va etre source de bien-etre, et en meme temps, tellement d'emotions se melangent. Tous mes amis, ma famille, tous ces sentiments, ces attentes, ces questions, et moi, dans un destin que j'ai choisi, et qui vais devoir vous montrer a tous egalement a quel point je vous aime.

L'ennui, la stagnation, le manque de perspective, d'objectifs, se reflete dans mon moral. Je suis down and down chaque jour, incapable de reagir a un monstre qui m'enveloppe: celui de l'angoisse du rien. La campagne est un rien pour moi. Pas moyen d'y progresser. Je me remets a manger, d'ennui absolu, remplir un manque a faire par un plus a manger. Ca craint. Voila.

Une conversation avec une personne avec qui j'ai sympathisee sur NYC me reste en tete. Sa theorie etait la suivante: je suis la femme parfaite. Intelligente, drole, independante, forte, avec du caractere, sexy, douce, feminine, subtile, curieuse, etc. Je merite un dix sur dix. Mais voila, j'ai ce mechant defaut de tout le temps partir. On aimerait me donner la lune, m'epouser dans le quart d'heure, passer sa vie a m'aimer, mais personne ne prendra le risque. Car personne n'est assez fou pour aimer une femme aussi independante que moi. Et vivre dans l'incertitude: va-t-elle partir demain, dans six mois, dans deux ans? Alors, comme cette personne m'a dit: tu es la premiere femme dix sur dix que je rencontre, tu es meme vingt sur dix, tu as tout pour toi, mais je prefererais epouser une femme moins bien, une cinq sur dix, dont je suis sure qu'elle restera a mes cotes. Voila. Morale: mesdames, l'independance, la force de caractere, si durement acquises ont un prix: celui de la solitude, si cruelle.

La culpabilite est la aussi: pour de multiples raisons. La nourriture, le manque de motivation a l'heure de faire du sport, alors que j'avais fourni tant d'efforts, et que je meurs d'envie de boxer....

Une traduction que j'ai sur le feu depuis plus d'un an, dans laquelle j'ai embarque une amie que je ne peux dedommager pour son travail, avec tout ce que cela suppose de difficile pour elle. Et le sentiment du travail pas fait, de la procrastination si nuisible a l'estime de soi. Le sentiment de ne pas voir le temps, de passer mon temps a demander plus de temps, et de ne pas honorer mes engagements de part et d'autre, avec de surcroit la culpabilite terrible de mettre quelqu'un dans une situation extremement compliquee.

Culpabilite de l'argent depense a NYC, dans les musees, les souvenirs, le sport, les vetements, si peu chers compares a Dubai. J'ai eu envie de faire un peu les choses pour moi. De me gaver de culture. De me faire plaisir. De depenser un peu sans compter, sachant que mon sejour en France va aussi me couter les yeux de la tete. Le fameux: oh et puis zut, apres tout, je travaille toute la journee, je peux bien me payer ca quand meme! Faut croire que non.

Une autre culpabilite, plus ponctuelle, mais qui ne me laisse pas dormir en paix cependant. Une apres-midi a NYC, Valerie m'a demande d'aller prendre les filles au centre aere, et de passer la journee avec elles et deux petites copines qui seraient accompagnees de leur nounou. La nounou et moi avons sympathise, car je lui parlais en espagnol. Elle m'a tout confie, sa vie, ses problemes, mere celibataire avec sa propre mere a charge, malade et dependante. Ses difficultes avec les filles qu'elle garde. Ses patrons pas toujours des plus sympathiques. Sa vie difficile, ses mariages comme autant d'echecs. Elle m'a tout confie. M'a fait confiance. Mais voila, je l'ai vue a l'oeuvre avec les petites filles. Elles les traumatisent. Leur crie dessus. Les tire par le bras, les empeche de parler, les engueule lorsqu'elles saignent du nez, les secouent. Bref, une horreur. Vivi et Anika etaient si mal, elles ne sont pas habituees a voir un adulte agir ainsi. Et les deux petites sont si mal dans leur peau, j'imagine parfaitement l'angoisse qui doit etre la leur, passant toute la journee avec quelqu'un d'impatient, de tyrannique et d'injuste (des airs de mon beau-pere vars le fin, quand tu ne sais pas quand et pourquoi il va exploser sans raison). La petite me collait, elle ne voulait plus me lacher, car je l'ai defendue lorsqu'elle saignait du nez, alors aue la nounou lui criat dessus: "tu vas arreter oui???". Elles m'ont demandees de les emmener a la fin de la journee. J'ai pris Anika et Vivi et suis partie de cette ambiance nefaste des que j'ai pu. Et le soir, dilemne. Que faire? Proteger ces enfants sans defense? Faire perdre son travail a une pauvre immigree en manque d'argent et responsable d'une ado demunie et d'une maman malade, trimant pour s'en sortir? Au final, je n'ai pas dormi de la nuit. Et j'ai decide d'en parler a Valerie, pour qu'elle aille voir les parents. La nounou a ete viree avec indemnites. Je l'ai recroisee le lendemain. Elle m'a fusillee du regard. Dur de se faire trahir par une gamine de 26 ans. Dur pour moi, d'avoir du  faire ce choix. J'ai choisi de prteger le plus faible. Peut-etre me suis-je trompee.

Peut-etre ai-je tord sur toute la ligne, d'ailleurs.

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Antonio Montes 23/08/2008 21:14

Un petit coucou et un commentaire en passant juste pour dire que depuis presque 2 mois d'absence je suis de retour sur ton blog et que ce post m'a particulierement touché.

Si tu retrouves la réponse à tes doutes, stp fais-moi savoir... Peut-etre que moi aussi pourrais m'en servir d'inspiration

Je t'embrasse tendrement... oh femme 20/10 :)

Monsieur Montes

jl 07/07/2008 08:38

un coup de blues, c'est tout à fait normal c'est presque plus sain et plus créateur qu'une béatitude lobotomisée non?

Je comprends tout tes points de vues même si je ne les partage pas. Car je ne supporte ni la solitude, ni de ne pas me projeter dans l'avenir. Ma conception de la vie est tribale, nombreuse, don/contre-don, et tout.

Bon, un petit retour en france va t'aider à y voir clair et à choisir la bonne voie "post-dubai". Dommage qu'on ne puisse sans doute pas se voir.

à bientot

jl

CATH 03/07/2008 23:39

quoi te dire, laurence, sinon qu'on pense à toi, dur de se retrouver isolée après l'énergie de ny, ton courage, ta vivacité, ta droiture, ton intelligence y compris de la vie qui sera je te souhaite plein de découvertes et de bonheur en cours et à venir, c'est une très longtemps, trop longtemps solitaire qui te le dit. biz

Papounet 03/07/2008 23:28

En ce qui concerne la nounou, ne culpabilise pas. Tu as fait la meilleure chose que tu pouvais faire ( et ce n'est pas la "moins pire", au sens churchillien du terme, à l'exception de toutes les autres ): tu as protégé les enfants. Tu ne pouvais pas protéger les deux à la fois, et du côté de la nounou c'était déjà trop tard, et ça ça n'est pas de ton fait, et c'était irrattrapable. Alors, entre deux meubles qui se valent dans la maison qui brûle, il est plus sensé de chercher à sauver celui qui n'a pas encore été touché par les flammes.
Oui, ça fait chier de ne pouvoir sauver les deux. Mais ça, c'est le jeu. Ça s'appelle la vie, c'est un truc qui dure toute la vie.
Amuse-toi bien, y'a qu'une partie.
Gros bisous
At ze next.

Papounet 03/07/2008 23:17

Hello, ma Zouz !
Il semblerait qu'il y a du blues dans l'air. C'est normal, c'est le pays du blues.
Bon. Plus précisément: "Morale: mesdames, l'independance, la force de caractere, si durement acquises ont un prix: celui de la solitude, si cruelle." Cette morale n'a pas de sexe, c'est valable pour les hommes comme pour les femmes.
Maintenant, en ce qui concerne ta vie et ta façon de la vivre, les interrogations que tu sembles avoir n'ont pas de raison d'être. Tu es bien comme ça ? à vivre ta vie dans le tourbillon de la ville - grande, de préférence - dans le social, les rapports humains, les groupes, les rencontres, les autres ? Alors continue à vivre comme çà sans t'en culpabiliser ou t'en gâcher le plaisir par de vagues interrogations métaphysiques pour adolescente. Vis la vie que tu aimes puisque tu peux la choisir. Tu n'as pas vraiment d'attache autre qu'affective avec tous les tiens, pas de mari épousé de force, comme le subissent des millions de femmes, rien qui t'oblige à rendre des comptes sur un comportement socialo-civilisé à l'occidental-moyen. T'es pas mariée, t'as pas de gosse, tes attaches sont celles du coeur, encore une fois, de la mémoire, elles ne sont pas physiquement contraignantes, t'enchaînant dans quelque scénario standard politico-socialement-humainement correct. L'ordinaire, l'habituel, le courant, la norme, ne sont pas ta tasse de thé ? Bois autre chose, puisque tu peux te commander du tilleul ou du café, du calvados ou de la vodka, de l'eau minérale ou du Champagne. Vis ce que tu choisis, même si ce n'est pas toujours le nirvana, c'est mieux que vivre ce que tu ne choisis pas. Il vaut mieux solliciter ses sens et rester étonné que se satisfaire de s'être adapté à s'habituer. Tu es faite pour voyager, voir, rencontrer des gens, du neuf, de l'autre, de l'autrement, du différend, de l'étonnant, du surprenant, de l'exceptionnel, du bizarre ? T'en as besoin pour tenir debout, dans ta tête ? Alors VO-YA-GE !
Ce n'est pas un conseil, c'est un ordre.
Si je puis me permettre.
Je crois que je peux.
Oui.
Bon.
A tout à l'heure. J'ai pas fini de lire.
Bisous quand même.
Non, mais sans blague....
Tvaya papichka